
Dans la société algérienne, et particulièrement chez une certaine génération, celle de nos parents, mais parfois aussi chez les parents d’aujourd’hui; la réussite semble suivre un seul et unique chemin.Un chemin bien tracé, presque imposé :
avoir le bac (de préférence avec mention, comme la cousine),
choisir la bonne branche,
continuer le master,
obtenir un visa d’études, comme le fils du voisin,
et surtout décrocher un diplôme universitaire.Dans cet imaginaire collectif, réussir est souvent synonyme d’études supérieures, de titres académiques et de métiers dits prestigieux.
Devenir avocat, médecin, juge, professeur ou comptable en costume-cravate est valorisé.
À l’inverse, être électricien, plombier, mécanicien, cuisinier, coiffeuse, esthéticienne ou couturière est encore trop souvent perçu comme un choix “par défaut”, voire comme un échec.Ces clichés sont nombreux, persistants… et profondément injustes.Car la réalité est toute autre.
Aujourd’hui, le monde du travail évolue plus vite que les parcours académiques classiques.
Les diplômes restent importants, mais ils ne garantissent plus à eux seuls l’emploi, la stabilité ou l’épanouissement professionnel.Pendant que certains accumulent les années d’études sans réelle insertion, d’autres construisent très tôt des compétences concrètes, recherchées et immédiatement utiles.
Les métiers techniques, artisanaux et de services répondent à des besoins essentiels de la société : se loger, se soigner, réparer, produire, créer, entretenir.Un plombier compétent ne manque jamais de travail.
Un mécanicien qualifié est indispensable.
Un cuisinier passionné peut bâtir une réputation, une clientèle et une entreprise.
Une esthéticienne ou une coiffeuse peut créer son propre institut, développer sa marque et former à son tour.Ces parcours demandent autant et parfois plus de rigueur, de discipline, de formation et d’intelligence pratique que de nombreux métiers dits “prestigieux”.
Opposer l’université aux centres de formation est une erreur.
Les deux jouent un rôle fondamental, mais répondent à des profils, des rythmes et des objectifs différents.L’université forme à la réflexion théorique, à la recherche et à certaines professions réglementées.
Les centres de formation, eux, forment à des métiers concrets, basés sur la pratique, l’expérience et l’employabilité directe.Dans les deux cas, la réussite dépend moins du lieu d’apprentissage que de :
De nombreux entrepreneurs, artisans et professionnels indépendants ont bâti des carrières solides, une reconnaissance sociale et parfois de véritables fortunes dans des métiers que l’on qualifie encore à tort de “sous-métiers”.
Réussir, ce n’est pas seulement porter une cravate, accumuler des diplômes ou suivre un parcours imposé.
Réussir, c’est trouver sa voie, exercer un métier utile, vivre dignement de son travail et contribuer positivement à la société.Chaque métier a sa place.
Aucun n’est supérieur à un autre simplement parce qu’il s’apprend à l’université plutôt que dans un centre de formation.Valoriser tous les parcours, c’est aussi donner aux jeunes la liberté de choisir sans pression, sans comparaison permanente et sans peur du regard des autres.
Réussir sans parcours classique n’est ni un mythe, ni une exception.
C’est une réalité vécue chaque jour, en Algérie comme ailleurs.Il est temps de dépasser les clichés hérités du passé et de reconnaître que la valeur d’une personne ne se mesure ni à son diplôme, ni au prestige supposé de son métier, mais à ses compétences, son engagement et son impact réel.Former, accompagner et valoriser tous les talents, académiques ou professionnels n’est pas une option, c’est une nécessité pour construire une société équilibrée, productive et juste.